mercredi 16 février 2011

frisbee, mini-coopers, tonnes de Co2 et jantes de vélo.

Au cours d'un voyage au long-court, il m'a été donné de rencontrer un vendeur de CO2 britannique travaillant au Brésil afin de faciliter les transactions entre la bureaucratie onusienne et les entreprises soucieuses de calculer combien de tonnes de dioxyde de carbone elles n´ont pas émises (c´est finalement assez poétique de quantifier ce que l´on n´a pas produit), un joueur semi-professionnel de freesbee de la ligue canadienne d'Ultimate player maugréant au coeur d´un parc naturel colombien contre l´attente improbabale d´un hamac qui viendrait finalement á la nuit tombée, un membre d'équipage de Guyanne anglaise des bâteaux á voile croisant au large des côtes de Carthagéne, de l´île San Blas et du Panamá me disant d´un accent anglais créolisé que la mére de sa petite amie francaise lui avait offert une mini-cooper afin de faciliter ses déplacements dans l´arriére-pays provencal.
Un suisse allemand laconique, préocuppé de chiffres exacts, de cuenta cuesta, de cuento tiempo, de réponses en un seul mot, cherche par ailleurs une jante de vélo pour un ami vivant á Cuba mais ne trouvant pas la taille adéquate, me dit que cette jante existe en Suisse mais plus cher que le vélo á Cuba. Quel ennui.
Imaginons que le britannique rencontre le suisse allemand (pourquoi autant de suisses allemands voyagent-ils en Colombie emportant avec eux une, comment dirais-je, certaine rigidité mentale ?). Ce dernier se ferait un plaisir de lui fournir une estimation rapide de ces émissions de CO2 journaliéres, il lui demanderait combien coûte la tonne, en combien de temps il pourra la revendre aux pays du Nord, quel retour sur investissement maravilloso.
Si le guayanais croisait la route du canadien, il apprendrait rapidement le maniement du frisbee lui imprimant un effet slide qui le ferait revenir á la maniére d´un boomerang á l´intérieur du bâteau, juste á temps pour le repas, lorsque la brise incite á donner du lest, á laisser filer. Il pourrait alors retirer ces lunettes blanches accordées á sa dentition parfaite, laisser ses cheveux frisés évoquer Georgetown et évoquer dans son anglais créole sa vie á Londres. Fascinantes Guyanes si caribéennes au coeur de l´Amérique du Sud, si avides du revenu minimum et de la sécurité sociale francaise qu´elles mélangeraient volontiers au swing merengue.

Donc, l´Amérique aime les bâteaux á voile, les mini-coopers, le frisbee et l´Europe, les émissions de CO2, les jantes de vélo et les chiffres exacts.